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 Eat the Elephant

Date de sortie : 20/04/2018

Produit par : Dave Sardy



Près de 14 années ont passé depuis eMOTIVe, 3ème album proposé par A Perfect Circle - car oui, pour moi il constitue bel et bien un album à part entière dans la discographie du groupe - qui avait laissé de nombreux auditeurs dubitatifs. Celui-ci proposait quelque chose de différent, sans doute trop différent avec ses reprises décalées fortement teintées d’engagement politique. Mais après tout ce temps - faisant suite aux déconvenues rencontrées par cette prise de position pas toujours bien acceptée -, Billy Howerdel comme Maynard James Keenan ont l’intelligence de n’avoir toujours cure de ce que l’on attend d’eux. Et qui en aurait douté ? Ainsi, plutôt que de reprendre les formules éprouvées, eux ont décidé d’aller encore plus loin.

Cependant, Eat the Elephant reste du A Perfect Circle ; non, cela n’a rien à voir avec Puscifer, et oui, Tool pousse au cul et se prépare enfin à nous envoyer la pâtée. Et là, je comprends assez l’agacement de MJK car j’ai l’impression que pour certains, cela ne vaut pas trop le coup de s’attarder sur cet album qui arrive trop tôt ou trop tard au choix ; tout au mieux y jetteront-ils une oreille polie (et encore). Mais manque de bol, il va falloir encore attendre un peu car après avoir eu le temps de s’en donner à cœur joie avec son projet hédoniste, le chanteur a pris la décision de se remettre un peu à l'intérieur de son cercle parfait avant de rejoindre ses trois autres compères, virtuoses mais par moments un tantinet perdus dans les limbes musico-spatio-temporelles.

Oui, ce retour est plus calme dans l’ensemble et une nouvelle fois engagé (certes moins frontalement, mais quand même), le groupe va peut-être perdre du monde en route, mais il conservera néanmoins à n’en point douter une large audience. Malgré l’accueil accordé par certains aux 3 titres dévoilés avant l’arrivée de l’album ("The Doomed", "Disillusionned" puis "TalkTalk"), sans parler de celui réservé à la direction artistique choisie pour la pochette et les clips, j’espère qu’ils auront changé d’avis… ou pas, qu’importe. Après tout, c’était déjà le cas avec "Weak and powerless" avant Thirteenth Step, voire "Vicarious" avant 10,000 Days en ce qui concerne Tool.

Pourtant, ce nouvel opus a tant à dire musicalement comme sémantiquement ! Comment ne pas être pris par l’émotion dès le titre éponyme par lequel il débute ? Ambiance mélancolique lors d’une virée dans un bar jazzy comme abri de fortune, avec seuls un piano et une batterie pour accompagner le chant, et quel chant… Et si je trouve que le Maynard exagère en sortant à qui veut l’entendre qu’il en avait marre de gueuler comme il l’avait fait jusque-là, force est d’admettre qu’il y a eu un très gros travail sur les voix pour cet album, et toutes issues de la sienne seule.


Arrive ensuite "Disillusionned" avec son amorce de bruit digital qui annonce d’emblée ce dont il va être question, et au début de laquelle on retrouve le son de guitare cher à Billy Howerdel, lequel reviendra pour d’autres envolées au fil des différents morceaux ("By and down the River" - déjà présent sur la compilation Three Sixty -, "Feathers"...). Mais c’est ici de courte durée, le rythme de cet hymne à la désintoxication numérique ralentissant pour ne garder que quelques notes au piano : "Jette un œil autour de toi, trouve la voie dans le silence."

Le ton est donné, on n’est pas là pour faire la fête, la suite restant au service d’un constat désabusé ("The Doomed" traitant ainsi pour sa part des inégalités sociales), une touche d’espoir restant malgré tout omniprésente. Les ambiances s’enchainent donc avec toujours beaucoup de piano, de passages tantôt calmes tantôt orchestraux, au service d’atmosphères cinématographiques directement héritées de l’expérience de Billy Howerdel dans la composition de musique de film (pour D-Love). D'ailleurs, le court morceau "DLB" est carrément un interlude instrumental.

L’album, dans l'ensemble déjà assez varié, réserve aussi son lot de surprises, avec par exemple l’utilisation de harpe dans "The Contrarian" à l’ambiance divinatoire, accompagnant une litanie qui reste dans la tête ; ou encore deux titres plus joyeux, qui semblent au premier abord trancher un peu trop nettement avec le reste, même s'il s'avère qu'il n'en est finalement rien. "So long, and thanks for all the Fish" est ainsi tout d’abord une référence directe au Guide du Voyageur galactique de Douglas Adams - dans ce livre, des dauphins tentent en vain de prévenir l’humanité de la destruction à venir de la planète Terre (sic), ce qui donne une bonne idée du contexte tragi-comique de la chose -, tandis que "Delicious" contient des paroles caustiques en dépit de ses allures enjouées.

Dans les derniers titres, un peu d’électro fait même son apparition, agissant jusque sur le chant, à travers d’abord de "Hourglass" suggérant l’horloge de l’apocalypse, avec une fin à la "Counting Bodies…", et "Get the Lead out" qui s’ouvre sur le son distordu d’un piano et possède un petit côté déconstruit un peu à la façon d’un remix, pour conclure sur l’un des messages qui revient plusieurs fois tout au long de Eat the Elephant : l’idée qu’il est urgent d’agir au lieu de discuter sans cesse sans que les choses ne changent jamais ("TalkTalk").

Et ce sentiment d’urgence, on le retrouve jusque dans le titre de l’album. S’il est en effet tentant d’y voir visé le symbole des républicains, il s’agit sans doute plutôt d’une allusion à la maxime "Eat the elephant one bite at a time.", qui désigne le fait de faire les choses par étapes lorsque la tâche est rude. S’il manque la fin, c’est peut-être pour insister une nouvelle fois encore sur l'ultime cri d’alarme qui nous est lancé.

Christophe Muller (03/2018)



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