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La soirée Tool sur Paris le 24/02/2017 aura été l'occasion de présenter plusieurs extraits de The Holy Gift, projet documentaire de longue haleine. Cela m'a également permis de me rapprocher de son réalisateur, Stéphane Kazadi, chose que j'aurais dû faire beaucoup plus tôt. Celui-ci a plus que jamais besoin de continuer à être encouragé (et aidé financièrement) pour reprendre de plus belle, jusqu'à je l'espère un aboutissement qui lui apportera pleinement satisfaction.

Tout d'abord, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

J’ai voulu réaliser des films depuis l'âge de 12 ans. Après une école de cinéma à Paris, je me suis orienté vers le montage ; je monte ainsi des fictions et des documentaires depuis maintenant presque 20 ans. En parallèle, j’écris des projets que je tente de réaliser, des projets pas très mainstream, mais ce sont ceux que je préfère.
J’ai découvert Tool en 2001 à la sortie de Lateralus dont "Schism" avait été diffusé sur Ouï FM. J’ai depuis toujours considéré cet album comme un objet artistique de référence, d’une classe absolue, une sorte d’Himalaya pour les musiciens. Il y a très peu d’albums qui me font cet effet, par exemple Kind of Blue de Miles Davies ou The Boatman’s Call de Nick Cave and the Bad Seeds. Il y en a plein d’autres que j’écoute et que j’adore, mais celui-ci m'inspire un respect absolu.

Quand t'es venue l'idée de te lancer dans un documentaire autour de Tool, et quelle en est l'origine ?

J’ai commencé à travailler sur The Holy Gift en octobre... 2005 ! A l’époque, je montais une série télé à plus d’une heure de métro de chez moi. J’avais alors un discman (c’était avant l’avènement des lecteurs MP3). Le matin, je partais avec un seul disque, et j’aimais bien prendre Ænima que j’avais finalement très peu écouté. Mais j’avais une fâcheuse tendance à m’endormir dans les transports, et je me souviens m’être réveillé une fois en entendant une partie assez hypnotique d’un morceau. Le soir, j’ai tenté de la retrouver en écoutant le début de chaque morceau, mais impossible... J’ai réécouté tout l’album, et j'ai fini par retrouver ce passage : c’était dans "Ænema", le passage où Maynard chante "Learn to swim".
J’ai écouté et ré-écouté cet album, puis Lateralus, Opiate et Undertow, et plus j’écoutais plus je cherchais à comprendre la fascination que je ressentais à l'écoute de cette musique. Le déclic est venu avec "H." quand j’ai réalisé que Danny Carey n’utilisait la rythmique "classique" avec le charley qu’au bout de 4 mins 30 ! Et là, j’ai tout vu, ou plutôt tout entendu d’une autre façon. J’ai réécouté les albums en me concentrant uniquement sur la batterie, puis la guitare et la basse. Je suis assez devenu obsédé par la musique du groupe. Salival a été en quelque sorte le summum, la version live de "Pushit" dépassant l’entendement pour moi.
Je me devais de faire un film sur cette musique, et je parle bien de cette musique car à aucun moment je ne me suis intéressé à qui l'avait composée ; je supposais qu’ils étaient américains ou anglais, mais ça n'est pas ça qui m'intéressait. Je suis allé sur des forums français, anglophones, allemands, et j’ai réalisé que beaucoup de monde parlait de la musique de Tool comme j’en parlais moi, comme je la ressentais. C'étaient des gens de cultures et d’horizons différents. Il y avait pour moi un truc.
J’ai commencé à écrire, et j’ai mis près de 3 ans à trouver comment je voulais traiter ce sujet. L’écriture est parfois un processus long. J’ai écrit des dizaines de versions, dont beaucoup ont terminé à la poubelle. C’est quand je suis tombé sur la fameuse théorie "The Holy Gift" que le film est devenu ce qu’il est aujourd’hui, et qu’au passage j’ai changé son nom d’origine pour le renommer aussi The Holy Gift.
J’ai voulu faire un film sur la musique de Tool, sans Tool, un film qui tente de répondre à une simple question qui est : "Pourquoi aime-t-on la musique ?"

Tu as interviewé aussi bien des artistes qui ont collaboré avec Tool que des anonymes. Sur quoi se sont portés tes choix ?

Pour les gens qui ont travaillé avec Tool, je me suis intéressé à ceux qui collaborent avec eux sur l’image. Ma question est de savoir de quelle manière la façon dont on voit l’univers de Tool influe sur la façon dont on l’écoute. J’ai parlé par exemple avec Alex Grey de la façon dont la version noire de "Net of Being" est aujourd’hui totalement liée au groupe alors que cela précède largement 10,000 Days.
Pour ce film, ça ne m’intéresse pas de rencontrer des gens qui ont bossé en studio avec eux, des gens qui ont réalisé leurs albums... ce n’est pas le sujet.
Pour les autres, ils connaissent ou non Tool. Ceux qui les connaissent ont un rapport direct avec leur musique, que ce soit dans l’influence réelle ou supposée, dans les questions qu’elle suscite.
A l’époque de Wikipédia, je ne vois pas l’intérêt de raconter en images des choses que chacun peut lire en faisant une simple recherche sur le groupe avec Google. Je veux surprendre les spectateurs. C’est certainement prétentieux, mais je dois me dire que je suis le seul à pouvoir faire ce film comme je le conçois, sans quoi j’aurais l’impression de réaliser un reportage musical comme il en existe déjà des dizaines.

Tu m'as dit avoir tenté de contacter les membres de Tool, en vain ; exact ?

Oui et non ! Comme j’ai pu te le dire, l’idée de mon docu est de raconter la musique du groupe au travers de ce que les fans en pensent, moi le premier. Néanmoins, en 2009, au moment où j’avais écrit une version du scénario qui me plaisait, je l’ai faite parvenir à leur agent qui leur a communiqué. Je demandais surtout au groupe un accord moral avant de me lancer dans le projet. Je n’ai pas eu de retour de leur part. L’info que j’ai eue est qu’il est devenu impossible de les rencontrer tous les quatre en même temps ; le seul endroit où tu peux le faire, c’est sur scène quand tu vas les voir en concert.
Deux personnes très proches d'eux leur ont parlé directement du projet : Travis Shinn, le photographe qui a fait les photos de l’album 10,000 Days, et Alex Grey qui est assez adepte de ma façon d’aborder ce film et qui m’a dit avec un grand sourire "Adam va adorer ton idée !"
L’une des me plus grosses certitudes est qu’un artiste est le moins bien placé pour parler de son art, de sa création. Rencontrer les membres du groupe pour leur demander pourquoi ils font les choses comme ci ou comme ça n’a pas grand intérêt à mes yeux. Ça m’intéresse plus de savoir ce que toi tu ressens en tant qu’auditeur de Tool.
Par contre, si je pouvais les rencontrer une fois le film terminé, ce serait avec plaisir si c’était possible ! Il y aurait une vraie base de discussion avec eux à ce moment-là.

Quelles sont les plus grosses difficultés rencontrées lors de tes voyages ?

Je ne dirais pas que j’ai rencontré de grosses difficultés. La seule complexité était d’avoir fait tout seul une grande partie de ce qui existe aujourd’hui : gérer les voyages, les rendez-vous, filmer, convaincre... Mais bon, ça prouve ma motivation !

A l'inverse, quels sont les plus beaux souvenirs que tu as de tes pérégrinations ?

Les rencontres humaines. Je ne pensais pas qu’après parfois des années, je resterais en contact avec des gens que je n’ai vus parfois que quelques heures.
Il y a deux souvenirs principaux : le premier, c’est l’histoire du tatouage d’Alley. Lors de mon dernier voyage aux Etats-Unis, j’avais organisé tout un parcours entre Chicago, Los Angeles, San Diego et le Dakota. Je voulais en profiter pour rencontrer des femmes ou des hommes qui avaient un tatouage en relation avec Tool. J’ai posté cette envie sur la page Facebook du film, et quelques heures après j’ai reçu un message de Justin Holcombe, un tatoueur qui me disait qu’il avait posté sur sa page perso quelque chose qui devait ressemblait à ça : "Je suis à Jerome dans l’Arizona dans quelques jours. J’offre un tatouage en relation avec Tool à la première personne qui se manifeste." Il n'a fallu que quelques secondes à Alley pour répondre. Justin m’a demandé de venir le filmer dans l’Arizona ; je me suis donc arrangé pour pouvoir y aller au milieu du parcours que j'avais prévu, et on a tous passé une journée assez mémorable là-bas. Justin m’a offert dès 10 heures du matin des verres de vin dans la boutique de Maynard, et j’ai offert aux employées une très bonne bouteille de vin français. J'ai eu droit en retour à pas mal de dégustations, et je t’avoue que boire un coup sous le soleil de l’Arizona (35°C à 11h) et sans avoir rien mangé avant, c’est une expérience assez unique ! Je suis resté 8 heures sur place, pendant lesquelles j’ai vu le dos d’Alley se recouvrir de cet énorme tatouage de Maynard, et je me disais dans ma tête : "Cette fille en face de toi va avoir à vie ce tatouage dans le dos, tout ça parce qu’un jour dans ton salon tu as demandé à rencontrer des personnes tatouées..." Je trouve ça assez fou comme sensation. Depuis, on est toujours en contact tous les trois. Justin veut absolument me tatouer, quitte à venir en France pour le faire !
Le second souvenir est plus personnel et plus fort. Lorsque je suis allé faire des repérages dans la région de New York et que j'ai dormi chez Alex Grey, ma compagne était enceinte et sur le point d’accoucher. C’était assez particulier de partir à ce moment-là : j’avais peur de ne pas être là au moment de la naissance. Tout s’est bien passé, puisque notre fils est né après mon retour. Mais je me souviens que chaque personne que j’ai rencontrée à ce moment-là s’inquiétait de savoir si l’accouchement avait eu lieu alors que j’étais encore aux Etats-Unis. Alex et Allyson Grey m’avaient fait promettre de leur envoyer une photo à la naissance, chose que j’ai faite. Ce sont de supers souvenirs.

T'es-tu confronté à beaucoup de refus ? Des rendez-vous manqués ?

Non, je n'ai pas vraiment eu de refus. Parfois, les plannings se sont mal goupillés, mais dans ce cas-là ce n’est que partie remise.
Il y a par contre une personne très proche d’un des membres du groupe que j’ai souhaitée rencontrer. Pour cette personne, pas de problème... si je la payais 1000$. Mille dollars pour une interview ! Je n’ai pas donné suite, et je l’ai totalement sortie de mon projet.

Le financement est une part indispensable à la finalisation du projet, et à l'inverse des moyens insuffisants ont été un véritable frein, n'est-ce pas ?

Complètement. L’argent est vraiment le nerf de la guerre dans ce genre de projet. C’est ce qui me bloque aujourd’hui malheureusement.

A présent, qui et que te reste-t-il à filmer ?

Vaste question ! Toute une partie du film se déroule en Inde, le berceau des tablas.
J’aimerais aussi pouvoir aller en Iran : j’ai été contacté par un groupe qui reprend Tool là-bas, dans des sortes d’endroits secrets. Le chanteur de ce groupe m’a expliqué qu’un livre circulait sous le manteau dans les années 2000. Cet ouvrage met en relation les paroles de Tool avec les mythes perses. Super intéressant, quoi !
Enfin avec le CNRS, on a prévu de travailler sur des morceaux de musique composés pour le film, basés sur les mathématiques et certaines titres de Tool.
Bref, il me reste encore beaucoup, beaucoup de choses passionnantes à filmer.

Toutes les infos concernant The Holy Gift se trouvent sur le site web :
www.theholygift.com



         


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